Artiste tchadienne multiprimée, Salma Khalil porte un projet culturel ambitieux et profondément ancré dans l’histoire : faire des contes séculaires de son pays un patrimoine éducatif et artistique accessible au monde entier. À travers l’animation, elle s’inscrit dans la continuité de la littérature orale africaine, longtemps transmise de bouche à oreille, aujourd’hui menacée par l’oubli mais revitalisée par les nouveaux outils technologiques.
La littérature orale africaine est l’un des piliers de la mémoire collective du continent. Contes, fables, chants et proverbes ont toujours été des moyens d’enseigner la morale, la solidarité, le respect et le vivre-ensemble. Ces récits, riches en symboles, en rythmes et en onomatopées, ont façonné des générations entières bien avant l’écriture. Pourtant, à l’ère du numérique, cette transmission traditionnelle se heurte à de nouveaux défis. C’est précisément là que s’inscrit le travail de Salma Khalil : transformer cette fragilité en force.
Fille d’un professeur d’université, linguiste et anthropologue, et d’une mère conteuse, Salma a grandi au cœur de ces récits ancestraux. Parallèlement, elle découvre très jeune les contes de Grimm adaptés en dessins animés. Ironie du sort, elle grandit en Allemagne, à Marburg, ville des frères Grimm, une coïncidence qu’elle découvrira bien plus tard avec étonnement. Cette double influence, africaine et européenne, traditionnelle et moderne, nourrit aujourd’hui sa démarche artistique.
Depuis 2017, avec peu de moyens mais beaucoup de déterminations , Salma Khalil se forme en autodidacte aux techniques de l’animation à travers des tutoriels en ligne. Pendant cinq ans, elle consacre des milliers d’heures de travail, financées sur fonds propres, soutenue par son entourage. Son objectif : adapter un conte de son enfance en dessin animé et prouver que la littérature orale africaine peut trouver sa place sur les écrans du monde. Ce qui lui a valu la prestigieuse mention du jury catégorie film d’animation au Fespaco édition 2023 suivi du prix de meilleur film africain canal + international au festival du film d’animation d’Abidjan édition 2024. Ce premier dessin animé a voyagé avec succès à travers les écrans du Burkina Faso, du Canada, Du Togo, du Tchad, de la Côte d’Ivoire, etc.

Aujourd’hui, l’artiste exhume de vieilles cassettes audio enregistrées par son père il y a plus de quarante année. On y retrouve des contes du Guéra, des chansons traditionnelles, parfois de simples discussions, une mémoire vivante, brute et précieuse. L’artiste entreprend leur numérisation progressive, transformant cette archive familiale en une véritable bibliothèque sonore, un projet de vie.
De cette matière naissent des contes animés simplifiés, diffusés sur sa chaîne YouTube @Zarlinga Animations, où la tradition orale dialogue avec le numérique.
Elle puise ses inspirations au coeur de ses origines tchadienne, précisément du Guéra, terre des peuples montagnards et haut lieu de la spiritualité Margaï qui porte une philosophie fondée sur un discour de paix, du respect et du vivre-ensemble. Ses contes, riches de chants, de leçons de vie et d’enseignements universels, dépassent le simple divertissement : ils deviennent des outils éducatifs et culturels. Sa chaine YouTube est intégrée dans le programme YouTube Player for Education, développé par Google. Ce lecteur éducatif permet de diffuser des vidéos dans un environnement d’apprentissage sans publicité ni distraction, pensé spécifiquement pour les écoles, les plateformes pédagogiques et les apprenants. L’intégration des contes animés de Zarlinga Animations dans ce programme renforcerait leur vocation éducative, en transformant la littérature orale tchadienne en un outil pédagogique accessible, structuré et adapté aux usages contemporains. Ainsi, les récits séculaire contés autrefois sous les arbres, pourraient toucher un public international tout en conservant leur essence : transmettre des valeurs, des sagesses et une mémoire collective à travers les technologies numériques
À travers son travail, elle ambitionne de positionner le Tchad dans le paysage littéraire mondial et de faire de la littérature africaine un héritage vivant, reconnu et célébré à l’échelle internationale.
Samuel.F