Septuagénaire, mère et grand-mère, Kaka Djossie habite dans le quartier Diguel Sahalaye. Discrète et souvent enveloppée dans son foulard rouge, elle possède un background impressionnant. Dans l’univers de la maternité traditionnelle, elle est une référence incontournable. Kaka Djossie est celle qu’on sollicite, lorsque l’accouchements se complique, quand un imprévu arrive ou pour décanter des difficultés post-partum. Ses exploits s’étalaient sur trois générations même si, de fois, il est difficile de franchir certaine limite et sauvé la vie.

Originaire de la région du Guera, l’une des 23 Provinces du Tchad, Djossie a été élevée selon les valeurs des cultures et traditions Hadjaraï. Elle affirmait « À notre époque, la marmite était en terre cuite et les  habitants vivaient encore de la chasse. Enfant on vivait dans l’insouciance et nous respectons beaucoup nos aînés.  Notre éducation est basée sur la discipline, le respect et l’obéissance. On ne regardait pas les personnes âgées dans les yeux. »

C’est en observant le travail de « anciennes » que Djossie s’est intéressée au métier de la maternité.  Une fois qu’elle l’a essayé, la future matrone s’en est donnée à cœur joie et a trouvé dans cette profession le bien-être.  Accueillir la vie, écouter le premier cri et l’interpréter, prendre soin du bébé. Elle excellait à l’époque où les hôpitaux étaient encore rares. Et même si les centres de santé existaient, beaucoup n’avaient pas les moyens de payer le service.

Lorsqu’elle arrive dans une maison, Kaka Djossie étale un morceau de tissu sur le sol et dresse la future maman sur les séants. Aux premières contractions, elle l’allonge sur le dos et lui masse le ventre selon des procédés traditionnels, en faisant doucement pression sur des endroits bien précis. Ensuite elle veille sa patiente jusqu’à l’accouchement. A coté d’elle, il y a toujours une solution d’eau chaude fait de basilic et de galoa, (en langue hadjaraï) une sorte de feuilles pliées. Le jus est fait aussi à base de nombreuses plantes. Il servira de boisson à la maman et d’eau de bain au bébé.  Une fois le cordon coupé, le placenta est rangé et enterr. Le nouveau-né est placé aux cotés de sa mère. Le bain n’a pas lieu immédiatement. Un tissus en godon (tissu en coton traditionnel) ou une peau de chèvre sert de serviette.  La plaie du cordon ombilicale quant à elle, est traiée avec une confiture de beurre animale chaude associée à une membrane extraite de la gorge du mouton.  Pour laver le  nouveau-né, l’eau doit être à une certaine température. Pour la maman, elle est généralement très élevée.

Kaka Djossie continue à prendre en charge certainespatientes mais moins qu’avant.

Avec le temps et l’âge, la matrone est de moins en moins opérationnelle.

Elle consacre dénervant sa vie à  sa famille et profite du bonheur auprès de ses enfants et petits-enfants.

Avec une visibilité réduite, elle s’occupe autrement mais continue toutefoisà prodiguer des conseils aux mères et futures mamans.

Propos recueillis par Abdelnassir Khalil – Crédit photo  Salma Khalil